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Espèces exotiques envahissantes

Myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum)


Description

Le myriophylle à épis est une plante aquatique exotique envahissante vivace de la famille des Haloragaceae. Ses tiges sont enracinées dans le substrat (sédiments) et peuvent mesurer jusqu’à 6 mètres. Près de la surface de l’eau, elles se ramifient et peuvent poursuivre leur croissance horizontalement et produire des épis de fleurs émergents. Le myriophylle à épis forme alors une canopée dense à la surface de l’eau.

Les rhizomes, les racines et les pousses basses de la plante peuvent persister tout l’hiver, ce qui lui permet d’amorcer sa croissance relativement tôt en saison. Ce caractère hâtif, combiné à une croissance rapide, confèrent au myriophylle à épis un avantage par rapport aux autres plantes aquatiques.

Ses feuilles sont finement divisées comme une plume et disposées sur la tige en verticilles, normalement en groupes de quatre. Chaque feuille est composée de 12 à 24 paires de folioles (aussi appelées « segments »). La distance moyenne entre les verticilles est de plus de 1 centimètre.

Attention! Il est possible de confondre le myriophylle à épis avec de nombreuses espèces, dont six myriophylles indigènes.

Des outils d’aide à l’identification sont disponibles : 

Les principaux critères d’identification à retenir sont les suivants :

  • Chaque feuille porte de 12 à 24 paires de folioles (de 3 à 14 paires de folioles dans le cas des myriophylles indigènes);
  • L’extrémité des feuilles est souvent tronquée, formant une ligne droite;
  • Les feuilles sont flasques quand les tiges sont hors de l’eau, semblables à des plumeaux mouillés.

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Habitat

Le myriophylle à épis pousse dans les lacs, les étangs, les marais, les canaux et autres plans d’eau artificiels de même que dans les sections calmes des rivières et du fleuve. Il tolère une grande variété de conditions de croissance et de substrats. Sa croissance est optimale dans les plans d’eau à substrat fertile et à texture fine, où la luminosité est élevée, les eaux alcalines et les nutriments abondants. Le myriophylle à épis peut aussi croître dans des conditions moins favorables, notamment là où les nutriments sont peu abondants, et s’installer dans des zones initialement dépourvues de végétation. Il se situe généralement à des profondeurs variant de 1 à 4 mètres; mais il peut se trouver jusqu’à 10 mètres de profondeur lorsque l’eau est particulièrement limpide.

Distribution

Originaire de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, le myriophylle à épis a probablement été introduit en Amérique du Nord par les eaux de lest des navires ou comme plante d’aquarium. Présent dans plusieurs États et provinces des États-Unis et du Canada, il est aujourd’hui l’une des plantes aquatiques exotiques les plus abondantes. Il est présent au Québec depuis au moins 1958. Jusqu’aux années 70, il a été recensé dans plusieurs secteurs du fleuve Saint-Laurent. Par la suite, on a mentionné sa présence dans différents lacs et cours d’eau du sud du Québec. On ne connait pas sa répartition actuelle de façon exhaustive, mais le myriophylle à épis a été répertorié dans plus de 175 plans d’eau (PDF, 1,6 Mo), et ce, dans la plupart des régions du Québec. Les régions les plus touchées sont l’Estrie, les Laurentides et l’Outaouais.

Reproduction et propagation

Le myriophylle à épis se reproduit principalement de façon végétative par la fragmentation de ses tiges, laquelle se fait naturellement de la mi-juillet jusqu’en septembre. Un petit fragment de tige peut prendre racine et former un nouveau plant. La pratique d’activités dans les herbiers par les usagers des plans d’eau peut aussi contribuer à la fragmentation des tiges. Le courant, les embarcations, les remorques et tout autre matériel peuvent transporter les fragments de tiges vers de nouveaux secteurs et de nouveaux plans d’eau.

La plante se reproduit également par des rhizomes, ce qui permet une expansion rapide des colonies. De plus, la plante produit des semences viables, mais on ignore dans quelle mesure ce mode de reproduction contribue à la propagation de l’espèce.

Bien que le myriophylle à épis puisse croître rapidement et coloniser efficacement différents habitats, sa présence dans un plan d’eau ne conduit pas toujours à son envahissement. De même, les plantes indigènes peuvent parfois continuer de dominer les herbiers en place même si des plants de myriophylle à épis s’y installent. La présence et le maintien de la végétation indigène peut aider à limiter la propagation du myriophylle à épis.

Impacts

Les impacts du myriophylle à épis sur l’environnement sont relativement peu étudiés. Certains impacts fréquemment mentionnés n’ont jamais été démontrés de façon rigoureuse et restent des hypothèses à considérer avec prudence.

Le myriophylle à épis peut former de grandes colonies denses et monospécifiques, ce qui modifie les assemblages de phytoplancton et diminue la diversité des plantes aquatiques indigènes. Les herbiers de myriophylle à épis peuvent servir d’abri pour la faune aquatique, bien que certains poissons évitent les secteurs colonisés par cette plante.

Les grandes colonies de myriophylle à épis peuvent nuire aux activités récréatives telles que la navigation de plaisance, la pêche et la baignade. La présence de cette espèce peut aussi affecter négativement la valeur des propriétés riveraines.

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Prévention

Prévenir l’introduction et la propagation du myriophylle à épis est le meilleur moyen de lutter contre cette espèce envahissante dans les lacs et les cours d’eau. Une fois l’espèce introduite, il est généralement difficile et coûteux de la contrôler.

Des gestes simples, mais efficaces, peuvent faire une différence pour protéger les plans d’eau du Québec :

Certains lacs sont dotés de stations de nettoyage. Assurez-vous de les utiliser pour nettoyer votre embarcation et votre matériel.
  • Apprenez à reconnaitre le myriophylle à épis et signalez sa présence à l’aide de l’outil Sentinelle.
    Pour confirmer les signalements, des photographies sont nécessaires. Idéalement, prenez une photographie de la plante dans son habitat naturel, prélevez un échantillon (le plus complet possible) et photographiez le plant dans son ensemble, puis ses principales parties (sa tige, ses feuilles de même que ses fleurs et ses fruits s’ils sont présents). L’idéal est de déposer l’échantillon dans un bac blanc contenant de l’eau avant de le photographier.
  • Effectuez une patrouille de détection sur le plan d’eau et répétez-la de façon régulière. La détection précoce des colonies de myriophylle à épis permet d’intervenir rapidement et efficacement. Cela réduit les coûts et les efforts nécessaires pour limiter sa propagation, voire pour l’éliminer.
    Pour faciliter la détection rapide des plantes aquatiques exotiques envahissantes, le Ministère a conçu plusieurs documents et outils pour vous aider à appliquer le Protocole de détection et de suivi des plantes aquatiques envahissantes dans les lacs de villégiature du Québec.
  • Ne rejetez jamais dans la nature les restes de plantes, l’eau et les organismes de votre jardin d’eau ou de votre aquarium. Certaines espèces peuvent survivre, se propager et avoir des effets nuisibles importants et souvent irréversibles sur les écosystèmes, la biodiversité et plusieurs activités socioéconomiques.

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Gestion

À l’heure actuelle, il n’existe aucune solution rapide et peu coûteuse pour lutter contre le myriophylle à épis. Lorsque l’envahissement est important, l’éradication n’est pas vraiment envisageable. Dans tous les cas, les interventions doivent être adaptées au plan d’eau et planifiées à long terme.

Les quatre étapes suivantes favorisent une bonne gestion du myriophylle à épis :

  1. Identification
  2. Répartition des colonies
  3. Plan d’intervention
  4. Suivi

1. Identification

Assurez-vous qu’il s’agit bien du myriophylle à épis avant d’entreprendre des efforts de lutte (voir la section « Description »). La consultation d’un professionnel peut être nécessaire pour confirmer la présence de cette espèce exotique envahissante.

2. Répartition des colonies

Afin de bien connaître l’ampleur de l’envahissement, localisez et caractérisez les colonies de myriophylle à épis (taille, densité) dans le plan d’eau touché. La cartographie obtenue permet d’établir un plan d’intervention adapté à la situation et à vos objectifs.

3. Plan d’intervention

Le plan d’intervention détermine les méthodes de contrôle appropriées pour chaque colonie de myriophylle à épis, ainsi que le calendrier des activités à réaliser.

Consultez votre municipalité et le bureau du Ministère de votre région avant d’intervenir dans un plan d’eau. Les interventions de contrôle peuvent avoir des impacts sur l’environnement et, donc, être assujetties à des autorisations. Les interventions nécessitent une bonne connaissance du milieu touché et des efforts soutenus durant plusieurs années. Des précautions doivent être prises pour limiter les impacts de ces interventions sur la végétation indigène et sur l’écosystème du lac.

Méthodes de contrôle mécanique

Les méthodes de contrôle mécanique peuvent favoriser la propagation des fragments de myriophylle à épis. Des rideaux flottants ou des équipes de surveillance sont souvent nécessaires pour les recueillir.

Méthode de contrôle mécanique Équipe ou matériel nécessaire Description Efficacité Risques et enjeux

Faucardage
manuel

Râteau ou faux spécialisés

Rideau flottant ou équipe de surveillance pour recueillir les fragments

Pour de petites colonies
Arracher ou couper les tiges avec un râteau ou une faux.

Permet le retour temporaire des usages du plan d’eau dans la zone traitée.

N’élimine pas complètement les plants.

Risque de dispersion des fragments pouvant former de nouvelles colonies.

Effet temporaire, retour de la colonie à son état initial après quelques semaines.

Faucardage mécanique

Barque avec râteaux ou faucardeur, ou bateau-faucardeur

Au besoin, rideau flottant ou équipe de surveillance pour recueillir les fragments

 

Pour les envahissements majeurs
Couper le plus près possible des sédiments, à moins de 60 cm pour une efficacité optimale.

Suivre le profil du fond du plan d’eau pour éviter de brasser les sédiments.

Permet le retour temporaire des usages du plan d’eau dans la zone traitée.

N’élimine pas complètement les plants.

Risque de dispersion des fragments pouvant former de nouvelles colonies.

Effet temporaire, retour de la colonie à son état initial après quelques semaines.

Risque de brassage des sédiments.

Arrachage manuel par des plongeurs

Plongeurs

Sacs de plongée pour recueillir les plants

Rideau flottant ou équipe de surveillance pour recueillir les fragments

Arracher les plants en prenant soin de retirer le système racinaire.

Permet d’éliminer les plants : peut éliminer des colonies ou réduire fortement leur densité.

Méthode sélective : permet d’arracher seulement le myriophylle à épis.

Risque de dispersion des fragments pouvant former de nouvelles colonies.

Effort d’arrachage important pendant les premières années. Ensuite, l’effort de travail diminue significativement, mais il faut le poursuivre sur plusieurs années.

Le myriophylle à épis peut se réinstaller dans la zone traitée.

Arrachage manuel par des plongeurs avec aspiration

 

Plongeurs

Embarcation dotée d’un système d’aspiration et d’opérateurs

Rideau flottant ou équipe de surveillance pour recueillir les fragments

Les plongeurs arrachent les plants, lesquels sont aspirés et rejetés dans un drain filtrant (l’eau est ensuite retournée dans le plan d’eau). Méthode aussi efficace que l’arrachage manuel, mais permettant d’accélérer le travail.

Mêmes risques et enjeux que pour l’arrachage manuel, mais occasionne un peu plus de brassage des sédiments.

Visibilité réduite pour les plongeurs.

Le myriophylle à épis peut se réinstaller dans la zone traitée.

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Méthodes de contrôle physique

La disposition de bâches (toiles ou barrières benthiques) ne sert pas à bloquer la lumière, mais plutôt à empêcher la croissance verticale du myriophylle à épis. Il est très important qu’elles soient bien plaquées au fond du plan d’eau et maintenues en place. Il est plus simple de procéder tôt en saison, quand le myriophylle à épis est moins développé, puisque la pose des bâches est alors plus facile. Il est fortement recommandé de bâcher la totalité d’une colonie de myriophylle à épis afin d’éviter la création d’un trou qui se comblerait rapidement par l’expansion des plants non bâchés. L’inspection des bâches permet de les replacer et de les réparer, au besoin. Il est possible que des plants de myriophylle à épis poussent en périphérie des zones traitées, ou même directement sur la bâche. Il faut donc planifier des efforts d’arrachage manuel à une ou deux reprises lors de la saison de croissance.

Méthode de contrôle physique Équipe ou matériel nécessaire Description Efficacité Risques et enjeux

Bâchage - jute

Toile de jute : maille de 0,5 mm (300g/m2)

Plongeurs et embarcations pour la disposer au fond de l’eau

Blocs, briques, sacs de sable/gravier ou autre ancrage

Coudre des sections de jute ensemble pour en augmenter la superficie.

Mouiller le jute avant l’installation.

Disposer la toile de jute et les ancrages à l’aide d’une embarcation et de plongeurs.

Inspecter après l’installation et durant l’été (vérifier la position et l’intégrité de la toile, l’accumulation de sédiments et la présence de plants de myriophylle à épis).

Le jute est biodégradable, il n’est donc pas nécessaire de le retirer.

Enlever les ancrages une fois le jute décomposé (± 3 ans).

Engendre la mortalité locale des plants.

Permet l’établissement de plantes indigènes sur le jute, et au travers, lors de sa dégradation.

Pas d’effort à déployer pour le retrait de la toile et moins de brassage de sédiments.

Méthode non sélective : élimine toute la végétation présente sous la toile.

Risque de déchirure ou de gonflement du jute.

Efforts à déployer pour la préparation de la toile et l’ancrage.

Dès que la toile est décomposée, le myriophylle à épi peut se réinstaller.

Bâchage – fibre de verre (de type Aquascreen)

Bâche synthétique en fibre de verre enduite de PVC

Plongeurs et embarcation pour la disposer au fond de l’eau

Tiges de métal ou autre ancrage (la bâche en fibre de verre nécessite peu d’ancrage)

Disposer la bâche à l’aide d’une embarcation et de plongeurs.

Inspecter après l’installation et durant l’été (vérifier la position et l’intégrité de la bâche, l’accumulation de sédiments et la présence de plants de myriophylle à épis).

Retirer la bâche et les ancrages après 8-10 semaines.

Engendre la mortalité locale des plants.

La bâche en fibre de verre est lourde, perméable et laisse passer les gaz, ce qui évite le gonflement et nécessite peu d’ancrage.

La bâche en fibre de verre peut être réutilisée.

Méthode non sélective : élimine toute la végétation présente sous la bâche.

Efforts à déployer pour le retrait de la bâche et brassage de sédiments.

Dès que la bâche est retirée, le myriophylle à épis peut de se réinstaller.

4. Suivi

Le suivi des colonies traitées est nécessaire pour s’assurer du succès des opérations. Il est important de poursuivre les efforts de détection dans tout le plan d’eau pour repérer rapidement d’éventuels nouveaux plants ou colonies de myriophylle à épis.

Consultez ces fiches pour obtenir plus d’informations sur les autorisations à obtenir avant d’appliquer des méthodes de contrôle :

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Références

Aiken, S.G., R.R. Newroth & I. Wile. 1979. The biology of canadian weeds: 34. Myriophyllum spicatum L. Canadian Journal of Plant Science 59(1): 201-215.

Jacob-Racine, R. & C. Lavoie. 2018. Reconstitution historique de l’invasion du Québec par le myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum). Le Naturaliste canadien 142(3): 40-46.

Lavoie, C. & B. Lelong. 2017. Myriophylle à épis : situation au Québec et l’ABC en matière de lutte. Formations plantes envahissantes. Université Laval, Université de Montréal.

Lavoie, C. 2019. 50 plantes envahissantes – Protéger la nature et l’agriculture. Les Publications du Québec. 415 p.
Scribailo, R.W. & M.S. Alix. 2014. Haloragaceae R. Brown. Flora of North America, provisional publication. Flora of North America Association, Cambridge. http://floranorthamerica.org/files/Haloragaceae.provisional.Gal_.pdf

Smith, C.S. & J.W. Barko. 1990. Ecology of Eurasian watermilfoil. Journal of Aquatic Plant Management 28:55–64.